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Cet Article est dédié à travers ce Pistolet de Fabrication artisanale au Patriarche Tɔgbui Gòlò-Pɛ Tú-à-Pɛ, un des Chefs de Guerre et un des Héros des Keboawo face à la horde des Assaillants Akwamu et Asante qu’il a réussi en bon Stratège à faire décimer systématiquement durant la Guerre de 1868 à 1872 sur le Mont Agu! | ||
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Lieu historique dénommé Aʋakpeme sur le Mont Agu où les Chefs de Guerre Akwamu-Asante furent attirés dans un guet-apens pour être lapidés à mort ou décapités et mettre fin ainsi à l’agression Akan en 1872 contre le Pays Eʋe dénommé Eʋedome. (Crédit Photos: Kwasi Kenegu FOLIKPO). | ||
Lecteur audio | ||
Extrait d’une Musique guerrière du Terroir (Kalɛnʋú ou Asafóʋú), en liaison avec ces lieux historiques chargés d’événements héroïques. (Crédit Audio: PYRAMID OF YEƲE, 2017) | ||
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Lieu historique dénommé Tú-Góé-nu (situé entre Agu Kebo-Dalave et Agu-Yibɔɛ Blakpa) où les Batailles décisives entre les Guerriers des Aguawó et les Asssaillants Akwamu-Asante eurent lieu en 1872. (Crédit Photo: Séverin KOGBLE). |
Introduction
Lorsque l’invasion du Mont Agu par les Assaillants Akwamu et Asante est évoquée aujourd’hui, beaucoup de personnes croient à tort que cela remonte à un passé très lointain sans se rendre compte qu’il s’agit d’événements datant seulement de la deuxième moitié du 19e siècle pendant laquelle la présence des missionnaires européens, des commerçants européens et des premiers colonisateurs européens était déjà bien ancrée dans une bonne partie de cette région pour fournir des sources écrites sur ces événements, parallèlement aux sources orales du Terroir.
C’est ainsi que la référence aux seules sources orales amène souvent beaucoup de personnes à traiter ces événements comme s’ils relevaient de légendes et de mythes très lointains, alors qu’il s’agit de Faits historiques qu’on peut objectivement reconstituer afin de préserver la Mémoire collective de ce Terroir au profit des générations présentes et futures.
Certains auteurs ayant écrit sur ces assauts guerriers lancés à maintes reprises entre le 18e siècle et le 19e siècle par les coalitions militaires des Akwamu et des Asante contre les Confédérations Eʋe n’ont pas pu expliquer objectivement les raisons pour lesquelles ces hostilités n’avaient jamais pu franchir le Mont Agu pour conquérir la région de la Cité-Etat de Ŋɔtsié.
Ils n’ont pas pu expliquer objectivement non plus les circonstances dans lesquelles ces assauts avaient pris fin dans cette région du Mont Agu de façon abrupte. Ils affirment seulement que les Assaillants Akwamu et Asante avaient pu envahir les vallées et les versants du Mont Agu, mais ils tentent souvent d’expliquer leur défaite cuisante en mettant en avant le harcèlement « plus intense » que les troupes coloniales britanniques auraient infligé aux Armées des deux royaumes agresseurs à la même époque en Pays Gã et en Pays Fante dans les régions côtières à l’ouest.
Les facteurs ayant contribué à la victoire spectaculaire et éclatante des Guerriers d’Agu sur la horde des Assaillants Akwamu et Asante qui leur étaient numériquement très supérieurs ne concernent pas seulement la situation topographique du champ de bataille que constituaient les vallées et les versants du Mont Agu. Ils concernent aussi les tactiques et les stratégies militaires déployées par les Chefs de Guerre, mais aussi les moyens multiformes de combat ainsi que les méthodes de renseignements militaires.
Le présent travail veut donc partir d’une bonne compréhension du contexte socio-politique et historique au moment des Faits pour reconstituer objectivement le narratif sur la Guerre des Akwamu et des Asante contre leurs voisins Eʋe. Cela permet d’expliquer objectivement certains éléments de la Culture militaire Eʋe. Et cela permet de rehabiliter sainement la Mémoire collective qui constitue le socle de l’Identité communautaire sans laquelle les membres d’une Communauté humaine ne peuvent pas avoir des Normes sociales et des Valeurs sociales comme références pour leur propre développement psychique et socio-affectif.
Ce travail permet par ailleurs d’expliquer comment la défaite cuisante et spectaculaire infligée aux puissantes Armées Akwamu et Asante sur le Mont Agu avait mis fin définitivement aux velléités hégémoniques et expansionnistes de ces deux royaumes esclavagistes.
Il permet enfin de comprendre que la fin définitive de la Traite nègrière dans cette partie de l’Afrique de l’Ouest tristement baptisée « Côte des Esclaves » n’est pas advenue selon le bon vouloir des esclavagistes nègres et européens, mais a été acquise de hautes Luttes héroïques menées par nos valeureux Ancêtres vénérés.
Contexte socio-politique et historique
Depuis que plusieurs communautés Eʋe avaient quitté progressivement la Cité-État de Ŋɔtsié à partir du 16e siècle pour s’ajouter aux communautés autochtones installées depuis plusieurs siècles dans l’espace géographique compris entre le fleuve Haho à l’est, le lac Amugã (Volta) à l’ouest et les montagnes d’Akposso au nord, une reconfiguration des structures socio-politiques a vu le jour en s’appuyant sur deux facteurs fondamentaux:
- un schéma quasi-confédéral dans lequel le Quartier ( Kɔ en Eʋegbe) ou le Hameau (Kɔʄe en Eʋegbe) est la plus petite unité territoriale et administrative, le Village ou la Cité (Dù en Eʋegbe) est l’unité médiane et la Confédération territoriale (Awɔ en Eʋegbe) est l’unité territoriale et administrative aboutie qui est capable de fonctionner pleinement comme un État ayant tous les attributs régaliens tels que la Défense du Territoire et la Diplomatie vers l’extérieur.
- la citoyenneté à travers des Droits et des Devoirs associés à l’appartenance à un Terroir.
On comprend à présent pourquoi les structures socio-politiques des Eʋe reconnaîssent jusqu’aujourd’hui dans la Chefferie coutumière trois principaux Titres et Fonctions que sont le « Kɔme Fia » (l’Autorité administrant un Quartier), le « Dù Fia » (l’Autorité administrant une Cité/un Village) et l’ « Awɔme Fia » (l’Autorité administrant la Confédération de plusieurs Cités ou Villages).
Cette reconfiguration a donné l’avantage de créer une inter-dépendance très complexe entre plusieurs Confédérations territorales Eʋe à travers des liens de mariage et à travers l’intégration de nouveaux immigrants.
À l’opposé du schéma quasi-confédéral décentralisé et très versatile des Eʋe on retrouve chez leurs voisins Akan que sont les Akwamu et les Asante (entre autres) une configuration socio-politique très centralisée et rigide dans laquelle tout part de l’Autorité centrale pour aller vers les Autorités périphériques dépendantes et revenir à l’Autorité centrale.
La distinction entre les deux modèles est très importante, car les Akwamu et les Asante habitués à un pouvoir politique fortement centralisé se sont toujours trompés lourdement sur les capacités militaires de leurs voisins Eʋe ayant plutôt un modèle décentralisé mais très versatile.
La carte géographique ci-après illustre le champ d’étude du présent travail où les deux modèles socio-politiques se sont affrontés à travers les agressions répétées des royaumes fortement centralisés Akan (notamment les Akwamu et les Asante) contre les Confédérations voisines Eʋe qui sont plutôt décentralisées mais inter-dépendantes.

Espace géographique des agressions de la coalition Akwamu-Asante contre les Confédérations Eʋe (Crédit: Carte extraite et marquée à partir de www.mapcarta.com)
L’invasion inattendue des localités Eʋe de Ho, de Kpandu, de Hohoe et de Peki par des hordes d’Assaillants Akwamu à partir de 1730 était une tentative de ces derniers de faire renaître leur hégémonie d’antan par laquelle ils avaient réussi à mettre en place un vaste réseau commercial jusqu’à la côte. La prospérité antérieure de leur royaume avant son effondrement suite des conflits fratricides avec l’autre groupe Akan des Akyem reposait essentiellement sur la Traite des Esclaves pour laquelle ils étaient entrés en contact avec les commerçants danois, hollandais et anglais sur la côte.
Cette invasion va ouvrir la voie à une tyrannie implacable des Akwamu sur ces localités pendant 100 ans environ. La carte ci-après illustre les séries d’invasion que les Akwamu et tous les autres groupes Akan vont faire abattre sur ces localités Eʋe précitées:

Séries d’aggressions répétées des Akwamu et de leurs autres alliés Akan contre les Confédérations Eʋe (Crédit: Alain Macé).
Les Aŋlɔ qui sont une branche Eʋe ont cyniquement soutenu cette hégémonie tyrannique des Akwamu contre leurs propres frères de ces localités Eʋe de l’arrière-pays, car ils tiraient un profit très important de la Traite des Esclaves qui ravageait tout l’arrière-pays.
En 1833 les Eʋe de Ho organisent une insurrection contre les envahisseurs tyranniques Akwamu et sont soutenus par les autres Confédérations Eʋe de Peki, de Kpandu et de Hohoe. Les Akwamu sont surpris et désemparés, car ils ne s’attendaient pas que leur puissante Armée très centralisée pouvait être simultanément attaquée sur plusieurs flancs par des Unités militaires modestes des Eʋe dont la puissance résidait non seulement dans leur solidarité, dans leur grande mobilité en de petites sous-unités et dans leur grande capacité d’adaptation rapide, mais aussi et surtout dans leur capacité à fragmenter habilement l’Armée Akwamu qui est numériquement plus importante en les attirant sur des leurres multidirectionnels, en les embrouillant par des moyens spirituels, et en les attirant dans des guet-apens meurtriers difficilement détectables!
Ces hostilités militaires se sont soldées en 1837 par la défaite cuisante infligée par les Confédérations Eʋe aux envahisseurs Akwamu qui ont dû évacuer la région pour se replier dans leur Terroir originel. Cette victoire militaire a scellé la naissance de l’Entité politique et étatique connue dans les livres d’Histoire sous l’appellation du Royaume de Krepi. Mais en réalité, le Royaume de Krepi était plutôt un grand regroupement circonstantiel de plusieurs Confédérations Eʋe ayant chacune à sa tête une Autorité politique (« Awɔme Fia » en Eʋegbe ou « Paramount Chief » dans le jargon administratif ghanéen aujourd’hui).
Incapables de digérer cette humiliation militaire et politique, les Akwamu une fois repliés dans leur terroir originel ont mis plus de 20 ans pour se préparer à une nouvelle Guerre de vengeance contre leurs voisins Eʋe en nouant cette fois-ci une alliance avec les Asante qui sont un autre groupe Akan.
Les Asante ont accepté de s’engager dans cette aventure à haut risque, car ils rêvaient aussi d’avoir directement accès au commerce maritime à travers les Akwamu, sans plus passer par les Fante et par les Gã sur la côte ouest qui était déjà sous l’emprise des Britanniques.
En 1868 une nouvelle coalition militaire des Akwamu et des Asante lance une nouvelle offensive contre les Eʋe, en visant cette fois-ci de conquérir tout le Pays Eʋe jusqu’à Ŋɔtsié pour en faire une partie intégrante de la Confédération Asante-Akwamu et ne reconnaître que le Royaume de Danhome comme seul voisin direct à l’est.
La mobilisation générale de toutes les Confédérations Eʋe ne s’est pas faite attendre et la défaite cuisante infligée aux Assaillants Akwamu et Asante a été à la hauteur de leur témérité héréditaire et de leur effronterie légendaire.
Essai de Reconstitution des Hostilités dans le Terroir du Mont Agu et dans tout Eʋedome
Les sources orales du Terroir du Mont Agu ont conservé de façon quasi-mythique les hauts Faits d’armes des braves Guerriers d’Agu qui avaient donné une vraie déculottée à la horde d’Assaillants Akwamu et Asante. C’est ainsi que le Toponyme Àʋà-Kpé-me (signifiant littéralement « Le Lieu des Pierres pour la Guerre » ) par exemple reste un nom hautement évocateur dans la Mémoire collective de tous les Natifs de Kebo sur le Mont Agu.

Lieu mémorable et hautement sacré dénommé Aʋakpéme sur le Mont Agu, où les Chefs de Guerre Akwamu et Asante capturés ont été lapidés à mort ou décapités.
(Crédit Photo: Kwasi Kenegu FOLIKPO)
Mais puisque cet emplacement situé à 850 m d’altitude environ (voir photo ci-contre) n’est que l’un des points d’achèvement des hostilités militaires, il est clair que le théâtre des opérations a couvert l’ensemble des vallées et des versants du Mont Agu. Voilà pourquoi l’on retrouve d’autres Toponymes aussi évocateurs tels que Tú-Góé-nu (signifiant littéralement « Lieu d’échange de tirs« ), Asaɖá-me (signifiant littéralement « Campement militaire« ) et Ʋù-Tɔme (signifiant littéralement « Ruisseau de sang« ) illustrant que les Guerriers d’Agu avaient fait un Maillage systématique de l’ensemble des vallées et des versants.
Plusieurs sources orales assez fiables avaient jadis expliqué à l’Auteur du présent Travail que le Maillage du Territoire avait d’abord commencé par l’évacuation rapide de l’ensemble de la Population des vallées et des versants vers le sommet de la montagne.
Du côté sud et sud-est du Mont Agu, les villages de Kebo-Toé, de Kebo-Dalavé, de Kebo-Agblɔdome, de Kebo-Kpeta, de Gadja (c’est-à-dire Gadjagã, puisque Gadja-Ʋukpé n’était pas encore fondé à cette époque) ainsi que tous les villages de Tavié dans les vallées ont été évacués vers les sommets de la montagne. Il en fut de même avec les villages d’Agu-Nyɔgbo du côté sud-ouest. Les Asssaillants Akwamu et Asante étaient surpris de se retrouver dans des villages totalement inhabités.
L’idée très stratégique derrière cette évacuation vers les sommets de la montagne est que la Population peut échapper totalement aux Assaillants Akwamu et Asante par les versants nord et nord-est du Mont Agu, au cas où les combats entre les Guerriers d’Agu et les Assaillants Akwamu et Asante pouvaient tourner à l’avantage de ces derniers du côté sud et sud-ouest.
La deuxième phase du Maillage avait consisté à « miner » par des Moyens occultes certains passages obligés pour les Assaillants. C’est ainsi que des Préparations magiques ont été enterrées en des endroits spécifiques. Certaines Préparations magiques avaient pour fonction d’embrouiller psychologiquement les Assaillants ou de les rendre hébétés une fois qu’ils rentrent dans cette sphère. D’autres avaient pour fonction d’accélérer l’empoisonnement de tout leur corps en cas de blessure.

Schéma illustratif du Maillage du Terroir du Mont Agu durant l’invasion Akwamu-Asante, selon les sources orales du Terroir. (Crédit: PYRAMID OF YEƲE , 2025).

Image illustrative du Rituel de Camouflage chez les Guerriers Eʋe (Crédit: Gaëtan NOUSSOUGLO, www.togocultures.com , 2014)
La troisième phase du Maillage a consisté à positionner discrètement de petites Unités de Reconnaissance et de Combat en des points d’embuscade, loin des lieux d’habitation. Ces positionnements étaient faits depuis les vallées jusque sur les versants, en suivant la stratégie militaire connue aujourd’hui dans les Armées « modernes » sous le jargon militaire de « Stay-behind« . Il s’agissait de positionner de façon très discrète ces petites Unités de Reconnaissance et de Combat dans des zones qu’on abandonne aparemment aux Assaillants qui peuvent les envahir sans grande difficulté et de façon imprudente, tout en les attirant vers des cibles lointaines au sommet de la montagne à travers les Musiques guerrières. Le schéma ci-contre illustre la description recueillie à travers les sources orales au sujet de cette troisième phase de Maillage. Et c’est dans cette phase que les Techniques de Camouflage et les Pratiques de l’Invisibilité entrent crucialement en jeu. Tout cela nécessite prélablement des séances d’initiation dans des cercles assez fermés.
La phase proprement opérationnelle qui suit la phase du Maillage se subdivise en deux étapes:
- L’étape de la Défensive;
- L’étape de la Contre-offensive.
Dans l’étape de la Défensive, tout l’arsenal disponible pouvait être déployé selon les situations. Cet arsenal allait des Armes biologiques aux Armes à Feu en passant par les Armes blanches.
Comme Armes biologiques, on peut citer entre autres les Abeilles tueuses (Sonyí ou Zákadzá en Eʋegbe ) et les Serpents hautement vénimeux (Davɔɛ en Eʋegbe) qui sortaient de nulle part pour piquer mortellement et mordre fatalement les Assaillants Akwamu et Asante.
Image d’Arme biologique |
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Appellation en Eʋegbe en en Français | Sonyí / Zákadzá (Abeille tueuse) | Èglè (Cobra) |
Comme Armes blanches, les Guerriers d’Agu déployaient essentiellement les Lances empoisonnées (Akplɔ en Eʋegbe), les Javelots empoisonnés (Ʋá en Eʋegbe), les Poignards empoisonnés (Adekpui en Eʋegbe ) et tout autre objet tranchant ou contondant capable de blesser mortellement l’Ennemi ou de le mettre à mort assez rapidement.
Image des Armes blanches |
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Appellation en Eʋegbe et en Français | Akplɔ (Lance) | Ʋá (Javelot) | Adekpui (Poignard) |
Déjà à l’étape de la Défensive, les Préparations magiques enterrées çà et là dans tout le Terroir qui est totalement étranger pour l’Ennemi embrouillaient sérieusement une bonne partie des Assaillants qui étaient ainsi à la merci des Guerriers d’Agu.
Quant aux Armes à Feu déployées, elles étaient rares et étaient de deux types: les Pistolets (Túkpui en Eʋegbe) de fabrication artisanale et les Carabines (Tsàkàvùm en Eʋegbe) de fabrication artisanale ou d’importation européenne.
Image des Armes à Feu | ![]() |
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Appellation en Eʋegbe et en Français | Túkpui (Pistolet) | Tsàkàvùm (Carabine) |
L’étape de la Contre-offensive commençait lorsque plus de la moitié des Assaillants étaient déjà neutralisés principalement dans les vallées et quelques rares téméraires s’étaient faufilés habilement dans les embuscades pour s’approcher des hauteurs.
Des Unités spéciales des Guerriers d’Agu préalablement initiées aux Secrets de la Lévitation (Élevation de lourdes charges par des moyens non-mécaniques) et de la Téléportation (Déplacement de lourdes charges d’un point à un autre par des moyens non-mécaniques) pouvaient maintenant enclencher la Contre-offensive au moyen de gros Blocs de Pierre (Kpé en Eʋegbe) pesant plusieurs kilogrammes. Ces deux domaines de Connaissances relèvent de la Haute Magie (Kagbó en Eʋegbe), reposent sur les Lois et Principes de Mère-Nature et n’ont rien à voir avec de la science-fiction à l’occidentale pour divertir les esprits faibles.
Ces Unités spéciales avaient alors commencé à faire déferler sur plusieurs kilomètres vers les vallées une pluie de Pierres qu’ils avaient initialement amassées en des endroits précis sur les hauteurs. Une des places fortes où ces piles de Pierre avaient été construites est connue jusqu’aujourd’hui sous le Toponyme d’ Aʋakpéme dont voici quelques unes des images:
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Quelques Images actuelles du site historique et hautement sacré d’ Aʋakpéme , Quartier Général des Guerriers d’Agu durant la Guerre des Akwamu-Asante contre les Eʋe de 1868 à 1872. (Crédit Photos: Kwasi Kenegu FOLIKPO) |
Le lieu dénommé Aʋakpéme était le Quartier Général pour les Guerriers d’Agu, à côté de bien d’autres places fortes sur les hauteurs de la montagne.
Quelques unes de ces autres places fortes étaient entre autres Tú-Góé-nu situé sur le Flanc est et So-Tóé-me situé sur le Flanc ouest où les traces des hostilités guerrières avec les Akwamu et les Asante peuvent être encore retrouvées.
Les Conséquences politiques et sociales de cette Débâcle des Assaillants Akwamu et Asante.
La première conséquence politique notable de la défaite spectaculaire des Akwamu et des Asante dans cette guerre a été la fin de la longue hégémonie expansionniste des Asante et des Akwamu vis-à-vis de tous leurs voisins tels que les Eʋe, les Akposso, les Akebu et les Adélé à l’est, de même que leurs voisins au nord tels que les Dagomba qu’ils ont aussi longtemps harcelé militairement. Cet affaiblissement s’est accentué à travers les luttes intestines pour le pouvoir au sein des clans royaux Akan.
Au regard de cette victoire militaire des Confédérations Eʋe, les Britanniques installés depuis plusieurs décennies sur la côte en Pays Fante, en Pays Gã et ayant des visées colonialistes sur le Royaume Asante, ont décidé de nouer une alliance avec les Eʋe en vue d’affaiblir davantage les Asante et les Akwamu. C’est ainsi que le Gouverneur britannique Sir Garnet Wolseley fraîchement arrivé dans la colonie naissante de la Gold Coast encouragea les Guerriers de Ho, de Kpandu et de Peki de marcher militairement sur Kumasi la capitale en 1874 pour marquer officiellement la fin de l’hégémonie Asante. Ces Guerriers Eʋe y ont laissé dévastations et destructions en guise de vengeance …
Mais les Confédérations Eʋe n’avaient pas remarqué le piège britannique de la colonisation en nouant une alliance avec le Gouverneur britannique Wolseley contre les Asante et les Akwamu. N’eût été l’avancée rapide de la colonisation allemande dans l’arrière-pays durant la création du « deutsches Schutzgebiet Togo « , tout le Territoire dénommé Royaume de Krepi et comprenant les localités de Ho, de Kpandu et de Peki entre autres aurait été totalement incorporé de force dès le départ dans la colonie britannique de la Gold Coast ayant pris naissance sur la côte ouest en Pays Fante et en Pays Gã.

Drapeau unificateur du Peuple Eʋe (Crédit: John Minahan / Encyclopédie Wikipedia)
La deuxième conséquence politique de cette défaite est la rupture brutale du pacte politique ayant longtemps existé entre les Aŋlɔ, les Akwamu et les Asante dont les intérêts communs tournaient autour de la Traite des Esclaves ayant terriblement ravagé tout l’arrière-pays.
Les Aŋlɔ qui sont une branche des Eʋe, se sont vus obligés de recentrer leurs intérêts politiques sur les liens séculaires qui les unissent avec les autres Communautés Eʋe et ont pris l’avant-garde d’un fervent Nationalisme Eʋe qui a alors tenté de fédérer toutes les Confédérations Eʋe autour du Drapeau ci-dessus.
La troisième conséquence de cette défaite est l’intensification de la pénétration coloniale et idéologique européenne dans toute la zone ouest-africaine. En effet, les missionnaires européens et les commerçants européens qui étaient des témoins occulaires de ces violents conflits, leur ont donné une interprétation fallacieuse et biaisée pour justifier leurs velléités coloniales sur tous ces Peuples présentés dans l’imaginaire collectif euro-américain comme des « sauvages violents et brutaux » (sic!) qui seraient seulement englués dans des « guerres tribales » (sic!) et qui seraient incapables de développer des États stables, modernes, pacfifiques et prospères. Or, la réalité dans la perspective des Eʋe est qu’il s’agissait d’hostilités guerrières pour l’affirmation de leur propre Independance politique et pour la défense de leur Sécurité vis-à-vis des voisins Akan expansionnistes qui voulaient s’accaparer pour toujours de leurs Richesses naturelles et de leurs Ressources humaines.
Sur le plan social, la première conséquence de cette débâcle militaire infligée aux Akwamu et aux Asante est la fin définitive de la Traite négrière trans-atlantique qui a gravement ravagé toute cette partie de l’Afrique de l’Ouest, au point de lui donner le triste Toponyme de « Côte des Esclaves« .
Une autre conséquence de la fin de ces agressions répétées des Akwamu et des Asante est l’intensification du travail des missionnaires allemands et suisses (en l’occurrence la Nordeutsche Missionsgesellschaft basée à Brême et la Basler Missionsgesellschaft basée à Bâle) en Pays Eʋe et celui des missionnaires anglais en Pays Akan, sous le prétexte de « civiliser ces Nègres barbares » (sic!) et pour « sauver leur âme de la déperdition » (sic!). Mais en réalité, le redoublement d’ardeur de ces missionnaires européens qui se traduisait par l’ouverture d’écoles et de centres de santé en différentes localités était en réalité un positionnement stratégique au profit de la colonisation officielle et déclarée qui va commencer à partir des années 1880.
Conclusion.
L’imaginaire collectif des Natifs d’Agu en général et des Natifs de Kebo en particulier a considéré depuis trois générations environ que la défaite militaire infligée aux puissantes Armées Akwamu et Asante sur le Mont Agu relève d’un passé mythique lointain qu’il serait difficile de reconstituer de façon méthodique et systématique.
Cela peut entraîner un obscurantisme abrutissant autour de ces Faits historiques qu’il est pourtant possible de reconstituer objectivement et de présenter méthodiquement au grand Public en vue de les valoriser et de les préserver, car ils sont un Patrimoine collectif immatériel très précieux qui est au fondement de l’Identité communautaire des Natifs d’Agu en général et des Natifs de Kebo en particulier.
Au regard de ce qui vient d’être dit, il incombe à tous les Natifs de ce Terroir, aux Institutions endogènes telles que la Chefferie coutumière et les Comités Villageois de Développement (CVD) ainsi qu’aux Organisations citoyennes endogènes telles que les Amicales de Ressortissants d’oeuvrer activement à la Réhabilitation et à la Protection des Sites historiques liés à ces Faits historiques.
Au-delà même de la valeur historique de ces Sites, ils revêtent un grand intérêt touristique que les Communautés villageoises peuvent exploiter habilement à travers leur Réhabilitation, leur Protection et leur Préservation au profit des générations présentes et futures.
Bibliographie et Ressources internet.
- BASSA, Komla Obuibé: Populations des montagnes atacoriennes (Ghana-Togo-Bénin). Discours de l’autochtonie et mise en place du peuplement entre le XVIe siècle et le XIe siècle. Thèse de Doctorat d’Histoire. Université d’Aix-Marseille, 2004.
- AGBODEKA, Francis (Editor): A Handbook of Eweland: The Ewes of Southeastern Ghana. Accra: Woeli Publishing Services, 1997.
- AMENUMEY, Divine Edem Kobla: The Ewe in pre-colonial times: A political history with a special emphasis on the Anlo, Ge and Krepi. Accra: Sedco, 1986.
- GAVUA, Kodzo (Editor): A Handbook of Eweland: The Northern Ewe in Ghana. Volume 2. Accra: Woeli Publishing Services, 2000.
- HORNBERGER, Christian: Das Ewe-Gebiet an der Sklavenküste von West-Afrika: In: Mittheilungen aus Justus Perthes’ Anstalt über wichtige neue Erforschungen auf dem Gesamtgebiete der Geographie. Band 13, 1867.
- KEA, R. A.: Administration and Trade in the Akwamu-Empire, 1681 – 1730. EHESS, Fond Brunschwig, pages 371 – 392.
- MACÉ, Alain: La disparition de la sidérurgie dans la Volta Region (Ghana). In: Techniques & Culture, Revue semestrielle d’Anthropologie des Techniques, N° 42, 2004, pages 1 – 15.
- NTI, Kwaku: Modes of resistance: colonialism, maritime culture and conflict in Southern Gold Coast, 1860 – 1932. (Thèse de Doctorat, Michigan State University), 2011.
- SPIETH, Jakob: Die Ewe-Stämme. Material zur Kunde des Ewe-Volkes. Berlin: Reimer Verlag, 1906.
- The Ewe Heritage (un canal Youtube sur la Culture Eʋe sous le lien https://www.youtube.com/@theeweheritage )
- WILKS, Ivor: Asante in the Nineteenth Century: The Structure and Evolution of a Political Order. London: Cambridge University Press, 1975.
- WILKS, Ivor: Akwamu 1640 – 1750: A study of the Rise and Fall of a West African Empire. African Series N° 5. Trondheim: Norwegian University of Science and Technology, Department of History, 2001.
© K. Kofi FOLIKPO, PYRAMID OF YEƲE , Mars 2025.